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LE SPECTACLE Comme dans la lila (nuit) d’un rituel gnawa, gombri, oud, derbouka et qarqabous séduisent et convoquent
les génies d’une femme en proie à ses questionnements.
Entraînée par l’appel des instruments, elle retrace les méandres de son histoire dans une danse singulière et onirique, faisant
surgir la geste archaïque de ses ancêtres. Des figures prennent forme dans un bouillonnement viscéral lové dans le secret d’une marche hiératique et sculpturale quasi-statique. Les éclats de son
chaos intérieur – suspensions fluides, pulsions dynamiques et silences –, font irruption et retombent ça et là dans le poids irrésistible de ce corps lourd et créent un contraste saisissant.
Devenant progressivement maître de la musique, son corps l’incite à l’accompagner
dans l’ivresse d’un état ou se laisse transporter par son lyrisme, en quête de révélations et d’émotions. Ce jeu subtil fait appel à l’art de l’improvisation propre à la tradition arabe.
L’Etre s’incarne ici et maintenant,
dans une danse vivante,
organique.
Dans le spectacle Lila, Saâdia Souyah puise dans son expérience intime ainsi que dans la symbolique et l’imaginaire arabes
pour créer une composition où elle s’intéresse au corps en tant que porteur d’une histoire et d’histoires, et à la danse comme champ d’exploration et de transformation.Ce n’est pas un hasard si elle a fait appel à Fadhel Messaoudi, musicien virtuose, dans cette création. Car, comme elle, c’est aussi dans le riche
répertoire savant et populaire qu’il développe son jeu raffiné et inspiré.
"À travers ma recherche chorégraphique, je voudrais amener un autre regard sur la danse orientale. Hormis la danse égyptienne – célèbre dans sa facette commerciale –, il existe de nombreuses danses dans le monde arabe. Je souhaite, à partir d'une danse ou de danses codifiées – ou du moins dans un code corporel donné (il s'agit de danses naturelles) –, transposer ces expressions chorégraphiques méconnues et en faire un langage d’aujourd’hui, dans le paysage de la danse actuel, tout en préservant l’esprit qui préside à ces danses. Ce langage qui est le mien, et je veux l’utiliser pour dire les femmes qui ont l’habitude de se taire. Au-delà de cela, il est ici question de la place du féminin dans le monde d’aujourd'hui. Cette danse apporte une réponse et révèle un corps-esprit porteur d'histoires et d'histoires.
LA DANSE Cette recherche passionnante commence avec la fascination suscitée par la danse du ventre et la propriété
hypnotique de la musique et des rythmes du monde arabe. Cette fascination m'a amenée à développer la maîtrise du mouvement brut des danses traditionnelles et à en extirper le mouvement nu,
un mouvement intérieur. L'essence du mouvement, le mouvement épuré, dépouillé. Pour aller vers une expression plus riche, plus universelle qui est la mienne aujourd’hui, loin des clichés de la
danse orientale.
C’est le moyen, qu'en tant qu’artiste j'ai choisi, comme une langue que
j' aurais choisi de parler, ou qui m'a choisi. Le code corporel, cette contrainte propre aux sociétés arabes – méfiance vis-à-vis de toute exhubérance, le corps social masculin ou féminin
très codifié dans sa façon d’évoluer en société — m' a permis de développer ce type de mouvement. Un mouvement qui peut être très animal, très archaïque, mais dans un corps qui se tient
droit, dans la verticalité de l’homme debout. C’est cela qui, selon moi, créé ce fascinant mélange animal et spirituel, spirale et linéaire à la fois. En règle générale, les danses arabes
et berbères sont faites de juxtaposition de contraires. Ce sont ces qualités d’énergies et de rythmes, ce mouvement spiral – qui n’est pas sans rappeler les arts martiaux – qui caractérisent ces
danses. Pour Lila, je me suis inspirée du rituel gnawa et des rites de possession des Harbawa, au Maroc, qui, le temps d’une veillée se « métamorphosent » en chameau ou en
lion.
LE VOILE J'aime les tissus.Le voile, m'a marqué, parce que j'ai une photo de ma mère et de ma grand-mère, voilées du voile
blanc de la région d'Oran.Pour mieux me tenir dans ses bras, ma mère tient le voile avec ses dents...
Le voile met en exergue le geste, les moindre lignes et tensions que dessine le corps dans l’espace. Il possède le pouvoir de stimuler l’imaginaire. Il permet aux figures et aux états
de danses d’émerger avec une force peu commune, reléguant la réalité en second plan au profit de l’émotion. Nous transportant ainsi dans une lecture poétique de la danse. Il permet également une
évocation à la fois proche et distanciée par rapport à la tradition dont ces danses sont issues. La danseuse est à la fois elle-même et une allégorie universelle et
intemporelle."
Les artistes
conception, danse, costume :
Saâdia souyah
Fadhel Messaoudi : Luth, Derbouka
Yacine Ayari : Nay
Samir inal : Derbouka, riqq, qarqabous
Mehdi Chaïb Ben Haddou : gumbri, percussions
Patricia Garruta : réalisation costume
Lumière : Jean- luc Chanonat
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