Eclats de femmes (2008)

 


Spectacle pour 5 danseuses

 À l’instar des traditions orientales, j’aborde le corps en tant qu’espace intérieur. Pour moi, remonter aux sources est nécessaire, parce que c’est là que se trouve ma nourriture. Il est question, là, de la couleur, de l’âme de cette danse, qui est née dans un contexte où le corps et l’esprit sont indissociables. Il s’agit aussi d’une représentation culturelle du monde, où l’esthétique de la danse est spirale, fluide et ancrée, toute d’intériorité ; où l’énergie est centrifuge. Je voulais retrouver la dimension cosmique des danses ancestrales pour une expression corporelle d’aujourd’hui, dans une spectacularisation dynamique et fidèle à l’esprit de ces patrimoines dansés. C’est pour ces raisons que tout se passe dans un gynécée, un espace de femmes fermé. Tout le propos va être de mettre en mouvement cet espace-temps clos.

« Éclats de femmes » est le prolongement de « Nissa », ma précédente création, fruit d’une recherche sur les danses du monde arabe et berbère.

Il me semble que les danses du monde arabe sont porteuses de ce lien universel qui nous remémore la femme archaïque et nous relie à elle. Par le travail d’exploration du voile, thème récurrent dans mon travail, « Éclats de femmes » est un voyage et une exploration corporelle à la découverte de soi-même au travers des musiques d’Algérie et du Maroc. Une exploration empreinte de nostalgie, mais aussi source de renouvellement et de singularisation. Une expérience à laquelle le spectateur est convié. C’est un chassé-croisé permanent entre voile et corps, intérieur et extérieur, silence et pulsation, calme et bouillonnement, tenue et fluidité, enfermement et liberté…

Dans ce spectacle pour cinq danseuses et autant de singularités, je voulais montrer la richesse de ce langage corporel grâce auquel, à l’intérieur d’un code contraignant, le corps parle et dit des femmes qui ont l'habitude de se taire. En essayant d’éviter  à tout prix l’écueil du cliché et de la folklorisation. Toute la difficulté aura été de trouver une écriture qui permette de transposer le vivant, la puissance évocatrice, l’énergie animale et la dimension spirituelle. J’ai puisé dans mes expériences artistiques « étrangères ». Notamment le travail sur la symbolique et les rituels de Laura Sheleen, mes incursions dans le butô avec Sumako Koseki et surtout les travaux d’Eugénio Barba, sur « l’Energie qui danse ».

Avec ce spectacle, j’exprime aussi mon amour pour cette danse du ventre, danse de l’intime, exaltation du féminin, à une époque où règnent la dictature de la minceur et une mysoginie réductrice et désatreuse. Je veux évoquer le charme du féminin, son pouvoir spirituel, l'énergie créatrice de la femme, sa connection avec le monde invisible.

« Éclats de femmes », c’est aussi un voyage musical à travers le patrimoine magnifique des musiques d’Algérie et du Maroc. Je me considère comme une ambassadrice dans un monde où domine la vision occidentale sur toute chose. Or je crois que l’on peut être contemporain autrement : en privilégiant la connexion de l’être au tout et à soi-même ; en choisissant une esthétique et un code corporel différents. Une symbolique et un imaginaire non moins universels qui représentent enfin une référence valable et positive pour les gens issus de l’immigration.

C’est une véritable prise de position contre l’orientalisme et les clichés très présents en Occident dès qu’on évoque l’Orient. Dans cette danse, le corps est esprit. J’aimerais amener un autre regard sur la danse orientale. De plus, alors que le virtuel et les technologies sont omniprésents, je ressens la nécessité de retrouver l’organique, le vivant, l’émotion… Le pouvoir évocateur d’un art dans une recherche de la simplicité et du minimalisme.

Ce travail intérieur m’amène à comparer ma danse à ce que je perçois du butô. Une version plus visible du mouvement interne, mais aussi du mouvement invisible, puisque je travaille la mobilité dans la statique, racine de tout mouvement. Car je souhaite créer une danse subtile, originale et sensible. Une danse holistiques, une danse de l'être. Un mode d’expression actuel, pour ne pas dire contemporain, qui serait à la danse arabe ce que le butô est à la danse japonaise.

Durée : 70 minutes

Equipe : 5 danseuses et 1 régisseur.

Espace scénique : Minimum 8 m d’ouverture, 6 m de profondeur

Adaptable à toutes sortes de lieux 

Le plan lumière en cours de création, à préciser ultérieurement.

 

Conception, chorégraphie et costumes Saâdia Souyah

Réalisation des costumes : Patricia Garutta

Danse : Saâdia Souyah, Zina Medjkoune, Sonia Sellak, Yasmina Brunet, Nuria Rovira Salat

Lumière : Jean-Luc Chanonat

Montage musique : Cheker Liman

 

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